Moins de cinq pour cent, ce chiffre résume parfaitement l'écart immense entre la théorie du marketing digital et la réalité du terrain. En tant qu'UX designer, je passe mes journées à analyser les parcours utilisateurs et les frictions qui font fuir les clients. Forcément, quand on regarde l'achat d'une automobile, le problème ne vient pas seulement d'un manque de volonté numérique, mais d'une profonde anxiété liée à l'engagement financier. Une voiture représente le deuxième investissement le plus important après l'immobilier pour la majorité des ménages. Demander à un acheteur de valider un panier à quarante mille euros en quelques clics sans pouvoir toucher les matériaux, sentir l'odeur de l'habitacle ou tester le confort des sièges relève de l'illusion ergonomique pure.
Les données montrent que l'expérience omnicanale s'impose d'elle-même parce que le cerveau humain a besoin de cette validation sensorielle avant de lâcher son argent. Les constructeurs traditionnels l'ont bien compris, même si leurs rapports annuels essayent de nous vendre du rêve avec des stratégies de vente directe totalement disruptives. D'ailleurs, cela me rappelle une mésaventure récente avec une commande de matériel de sérigraphie en ligne où le manque d'informations tactiles m'avait totalement induit en erreur. Bref, pour en revenir à nos quatre roues, tant que les marques historiques ne proposeront pas un pont parfaitement fluide entre le digital et le physique, le réseau des concessions restera le filet de sécurité indispensable pour rassurer le chaland. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : les acheteurs veulent bien préparer leur projet tranquillement sur un écran le soir chez eux, mais ils veulent un vendeur en chair et en os à qui serrer la mano au moment de signer le bon de commande. La transition vers le tout-numérique se fera, mais elle prendra beaucoup plus de temps que ce que les gourous du web veulent bien nous faire croire dans leurs présentations PowerPoint.